C’est intéressant, depuis le début de cette élection présidentielle -même un peu avant- les commentateurs politiques avérés l’avaient annoncés : la première élection de Sarkozy s’est faite en “siphonnant” (ce mot fut bien populaire !) les votes du Front National et en séduisant les centristes les plus à droite avec ses promesses d’ouverture (promesses d’ailleurs un tant soit peu tenues, ce qui est assez rare pour être notifié dans ce domaine).
Plus tard, les mêmes analystes disaient que cette élection seraient plus difficile. Que, l’anti-Sarkozysme aidant, le centre serait nettement plus difficile à récupérer et le front national plus dur à “siphonner”. Ce fut effectivement le cas, comme nous avons pu le voir en ce lendemain de premier tour.

Et maintenant, à la veille du deuxième, le président s’est lancé dans un exercice tout en souplesse, entreprenant un grand écart entre les électeurs du Front National et le peuple du centre illustré (entre autres) par le parti de “Bayrou à l’Elysée”, aussi appelé “Modem”.
Le problème est que ce grand écart est tout bonnement impossible à réaliser.
En effet, pour un votant du Front National obtenu, l’UMP perd un électeur du centre, naturellement refroidit par n’importe quelle forme d’alliance avec l’extrême droite.
En voulant s’imposer comme un défenseur des droits de la république protégeant tous ses votants, peu importe leurs idées politiques, le président est à découvert et le sol se dérobe sous ses pieds.
Ainsi, la bonne Manœuvre de la gauche à présent est de mêler Sarkozy, de le mixer, avec le FN afin d’espérer transformer cela en “remake” inconscient du second tour de 2007 entre Jacques Chirac et Jean-Marie LePen.
Comment ? Grâce à la question suivante (très en vogue) : “Dans le cas d’un éventuel second tour entre le PS et le FN, pour qui voteriez-vous ?”
99% des responsables politiques (de premier plan) de l’UMP répondent que ce n’est pas le débat et ils éludent la question tout comme leur champion.
Quand la question (inversée) est posée au candidat socialiste François Hollande, il répond :
“J’ai été dans ce cas de figure en 2007 (…) j’ai appelé à voter pour Jacques Chirac. Non pas contre Jean-Marie LePen mais bien pour Chirac.”

Maintenant, Sarkozy apparaît comme le candidat prêt à embrasser les idéaux du FN pour ses électeurs, tout en restant évasif sur la question d’un éventuel vote d’opposition contre le FN. Voilà qui n’est rassurant pour personne. La technique de “drague” enclenchée par le président se retourne contre lui et il n’est rien qu’il puisse faire à part attendre le fameux débat du 2 mai, qui représente sa dernière chance réelle.
Sarkozy aura au moins eu le mérite de prouver que les vieux adages ont rarement tort puisqu’à force de jouer avec le feu, on s’y brûle.